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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 10:31


POUR INFORMATION



Vous pouvez retrouver cette article sur cette page internet :
 

http://www.bakchich.info/article3271.html

CANCERS et INCINERATEURS - L'enquête - vérité

 

C’est une bombe, mais à retardement : l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS), a mis en ligne discrètement, le 27 mars, les résultats inquiétants d’une enquête très fouillée sur les risques accrus de cancers pour les populations ayant vécu près d’un incinérateur d’ordures ménagères. Le constat est accablant : il y a davantage de cas…

Le ministère de sa santé n’en a pas fait grand cas : le rapport de l’InVS, consultable sur le site de cet organisme, restait introuvable sur celui du ministère à la date du 6 avril. Peut-être ne faut-il pas remuer ces sujets « anxiogènes » ou réveiller des scandales oubliés… Ce silence est d’autant plus étonnant que l’InVS écrit, à la page 126 de son rapport : « Il est recommandé de diffuser largement les résultats obtenus de manière accessible au grand public ». De plus, la ministre Roselyne Bachelot connait très bien le dossier : c’est elle qui, ministre de l’environnement en 2002, avait sommé les préfets de fermer les incinérateurs les plus polluants.

Une enquête menée sur 10 ans et 4 départements

Cette étude de l’InVS mérite pourtant le détour : il s’agit de la première enquête de grande ampleur menée sur le sujet. Elle a permis de remonter le temps, sur 10 ans (1990-1999) dans quatre départements (Isère, Haut-Rhin, Bas-Rhin et Tarn) avec 16 incinérateurs. La santé de 2,5 millions d’habitants a été passée au peigne fin et 135 000 cas de cancers ont été analysés entre 1990 et 1999. Fin 2006, l’InVS avait publié des premiers éléments de cette méga-enquête. Ils étaient déjà inquiétants, sans être encore très fiables.

Les résultats définitifs, plus alarmants, ont surpris mêmes les plus avertis : le fait avoir vécu tout près d’un incinérateur pendant 10 à 25 ans entraîne un risque accru de cancer, de + 4 %. Les femmes sont plus touchées : tous cancers confondus, le risque est accru pour elles de 6%.

Confirmation pour des cancers déjà suspectés

Certains cancers sont particulièrement en cause. Ainsi, pour le sarcome du tissu mou (STM), le risque accru est de + 22 %, hommes et femmes confondus. Le STM est un cancer rare, déjà repéré par les scientifiques comme pouvant traîner à l’ombre des incinérateurs. Cette étude confirme la suspicion. L’autre cancer également suspecté est le lymphome malin non hodgkinien (LMNH) : il affiche, ici, une surfréquence de + 12 %.

Ces deux fautifs avaient déjà été signalés par le professeur Jean-François Viel, s’attirant des remarques acerbes de certains experts. Dès 2000, cet épidémiologiste du CHU de Besançon avait constaté qu’il y avait 2,3 fois plus de cas de LMNH dans les populations qui vivaient sous le panache de fumée de l’incinérateur de Besançon (lire l’encadré).

De Seveso aux œufs shootés à la dioxine

Le cancer du sein, évoqué pour la première fois

La force - et l’aspect troublant - de l’étude, c’est que tous les résultats vont dans le même sens. Un risque accru a été découvert pour pratiquement tous les types de cancers : + 16 % pour les myélomes multiples et les cancers du foie. Et + 9 % pour le cancer du sein. L’InVS souligne que ce dernier résultat est nouveau et surprenant, inconnu de la communauté scientifique à ce jour, à tel point que l’Institut n’avait pas du tout prévu, au départ, d’enquêter sur ce cancer. Il l’a ajouté par la suite.

La pollution des incinérateurs, suspect probable

Prudent, l’InVS met en garde : le lien de cause à effet n’est pas scientifiquement prouvé entre l’augmentation des cancers et l’exposition aux rejets des incinérateurs. Mais, vu la convergences des études sur le sujet, on s’en rapproche tout de même ! Les auteurs du rapport l’expliquent à leur façon, à la page 125 : l’enquête de l’InVS « complète un faisceau d’arguments solides en faveur du rôle causal des expositions environnementales aux émissions atmosphériques d’incinérateurs d’ordures ménagères sur l’incidence de certains cancers ». C’est un peu du Dali, mais cela va mieux en le disant.

Des cancers 30 ans après

Enfin, l’InVS précise qu’il a pris en compte une période de latence de 5 ans pour les leucémies et de 10 ans pour tous les autres cancers. Or 5 et 10 ans, c’est court. Autrement dit, tous les cancers n’ont pu être comptabilisés dans l’étude, car ils ne sont pas encore déclarés. « Il y a de forts risques que les résultats sous-estiment la réalité, souligne le Cniid, association de militants anti-incinération, avant d’ajouter : « le pic d’apparition des cancers n’est ainsi peut-être pas atteint ».

L’InVS le confirme dans son langage technique : « La période d’observation de notre étude ne pourrait correspondre qu’au début de la période de surincidence induite par l’exposition aux émissions d’incinérateurs ». Les cancers peuvent apparaître 30 ans après l’exposition à certaines substances. On ne peut être plus clair.

Une secousse pour les industriels

Cette étude à de quoi secouer le monde de l’incinération. Certes, les normes de rejets, imposées depuis janvier 2006, sont beaucoup plus strictes. « On peut, dès lors, s’attendre à une diminution du risque de cancer chez les populations exposées aux niveaux actuels d’émission » précise l’InVS. Mais la pollution des sols reste, elle, importante et certains exploitants pourraient, sait-on jamais, être interrogés sur le passé.

Petit rappel historique : en 1994, le ministre Michel Barnier (il était alors en charge de l’environnement et président du conseil général de Savoie) avait écrit au commissaire européen pour l’enjoindre de ne pas durcir la législation sur les incinérateurs, parce que les industriels risquaient de pas s’en remettre. La commission avait quand même imposé de nouvelles normes.

Le gouvernement français avait du fermer en catastrophe celui de Gilly-sur-Isère en octobre 2001, déclenchant une enquête judiciaire, qui s’est achevée par un non-lieu fin 2007, au grand dam des associations de riverains qui avaient porté plainte. Plusieurs dizaines d’autres unités ont dû être fermées dans la foulée. Certaines de ces installations étaient des barbecues géants à ciel ouvert et crachaient des dioxines à gorge déployée : 750 fois plus que les normes à Gilly… Et 2260 fois plus que les normes à Maincy/Vaux-le-Pénil (Seine-et-Marne), record absolu !

La France a été condamnée en 2002 par la Cour européenne de justice pour n’avoir pas fait respecter la réglementation sur les émissions de dioxine des incinérateurs.

Restée championne de l’incinération, avec 128 installations en fonctionnement, la France ne souhaite pas vraiment ranimer les vieux démons, avec ces enquêtes sanitaires. D’autant qu’une quinzaine de nouveaux incinérateurs sont en projet, suscitant déjà de vives oppositions locales : en Corse (projet abandonné récemment) ; à Marseille/Martigues ; à Clermont-Ferrand, où 500 médecins viennent de manifester. Lors du Grenelle de l’environnement, les associations ont réclamé, en vain, un moratoire.

Cette étude ne tombe vraiment pas bien.

 

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  • Cancers et incinérateurs : l’enquête-vérité
    le lundi 5 mai 2008 à 15:03, Quoi ?? a dit :

    La faible médiatisation du rapport par les pouvoirs publics me rappelle comment, en leur temps, ont été mis sous le boisseau les résultats des tests mettant en évidence les risques sanitaires liés à l’utilisation du pyralène (PCB), du roundup ou de l’hormone de croissance bovine …

    Encore une fois, les intérêts économiques écrasent les questions de santé publique. Monsanto n’est pas le seul géant à savoir y faire ..

     
  • Cancers et incinérateurs : l’enquête-vérité
    le dimanche 27 avril 2008 à 09:37, les RG a dit :

    Quand on pense que les soubassements de routes, de bâtiments, sont faits avec les "mâchefers" récupérés dans les incinératueurs, cela fait peur.

    A nos infos-rue , les passants nous répondent : "bof, il faut bien mourir de quelque chose", et "qu’est-ce qu’on peut y faire ?" : c est décourageant.

    La convention internationale et supranationale ( au-dessus des lois de notre république bananière ) d ’ Aarhus est peu utilisée par les militants écolos, qui préfèrent souvent dans la défense - ex. les faucheurs d ’OGM - à l’ attaque : dommage. A voir sur nore blog.

    L’ INFO citoyenne est importante : une info vivante, dynamique, peut déjà être utile : hommage à Pavlina , une ado d ’ Arles qui informe avec pêche et créativité, et à notre RG Jo , idem à Nîmes . Pas besoin d ’être nombreux , si l’ ation est vivante , elle passe.

     
  • la vérité est peut-être ailleurs !!!
    le mardi 8 avril 2008 à 21:38, Habitué a dit :
    Dans le rapport cité page 8, paragraphe discussion, les auteurs de l’étude rappellent que : La méconnaissance de l’histoire résidentielle, l’absence de contrôle au niveau individuel des grands facteurs de risque de cancer,(professionnelle, tabagisme, consommation d’alcool, traitement médical,, alcool) l’usage d’un indicateur global d’exposition décrit de manière collective ne permettent pas d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux rejets des incinérateurs et l’incidence des cancers. Autant dire qu’il faut prendre ces conclusions avec prudence !!
     
  • Cancers et incinérateurs : l’enquête-vérité
    le mardi 8 avril 2008 à 17:49, René Deléglise a dit :
    Il me semble important de rappeler quelques éléments qui manquent dans votre article : — cette étude de l’InVS confirme, avec quelques nuances, les résultats provisoires annoncés dès l’automne 2006 ; il n’y a donc pas (pardonnez-moi) de véritable scoop en la matière ; — les auteurs de l’étude rappellent qu’il n’est pas possible d’extrapoler ses résultats à la situation présente vu que les émissions des incinérateurs actuels (moins de 10 g sur toute la France en 2006) n’ont rien à voir avec ce qu’elles ont été dans le passé (plus de 1 kg/an sur toute la France) ; — une autre étude de l’InVS, menée en collaboration avec l’Afssa, a montré qu’aujourd’hui, il n’y a pas de surexposition des populations riveraines des incinérateurs par rapport au reste de la population ; les riverains des incinérateurs actuels ne courent donc pas plus de risque que les autres ; — l’incinération est aujourd’hui une source secondaire d’émission de dioxines, en particulier par rapport au secteur dit "résidentiel et tertiaire", autrement dit au chauffage des bureaux et logements (notamment à cause des émissions dues au chauffage au bois). A titre d’exemple, on parle beaucoup de l’incinérateur de Fos, qui devrait bientôt ouvrir ses portes. Il émettra 0,02 g/an de dioxines, alors que l’usine Arcelor, située sur le même site, en émet 12 g/an. Contre qui faut-il alors lutter : contre l’incinérateur, ou pour que l’usine Arcelor filtre mieux ses émissions ? Enfin, à toutes fins utiles, je rappelle : — que les autres modes de traitement des déchets (et en particulier la décharge) ont aussi des impacts, notamment sur les populations riveraines et en termes d’effet de serre, sur lesquels on entend assez peu les "écologistes" ; — qu’une fois que l’on a trié et valorisé par recyclage ou compostage tout ce qu’on peut extraire des ordures ménagères, il reste toujours un "résiduel" qui va soit en décharge, soit en incinérateur ; même en Allemagne, où le tri est pourtant très poussé, le résiduel constitue encore environ 50 % du tonnage global ; — que les industriels du déchet se font des marges colossales sur la décharge (environ 40 %) alors que sur l’incinération, la marge est nettement moindre (environ 10 %). Question : puisque ce qui ne va pas en incinérateur va en décharge, à qui profiterait la fermeture des incinérateurs (ou le moratoire sur l’incinération) ?… Vous avez deviné… RD

 

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